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| 2 février 2006 - Le Journal de Montréal |
Le bilan de Richard Desjardins |
Le gouvernement va faire semblant (1)
L'enterrement du rapport Coulombe
Je ne crois pas que le gouvernement appliquera les recommandations du rapport Coulombe. Au mieux, il fera semblant. Notre forêt est tellement maganée qu'il lui faudrait idéalement un repos forcé d'au moins une génération pour se reconstruire une beauté et une force qu'elle arborait encore il y a cinquante ans. Comme disait le bonhomme, «pour voir des gros arbres aujourd'hui, il faut aller en ville».
J'ai lu dans La Tribune de Sherbrooke, en février 2004 : «Une richesse forestière importante, des conglomérats d'entreprises qui rasent tout à rabais, un gouvernement qui a les mains liées par les contrats à long terme qu'il a signés et une population qui trouve ça dégueulasse mais qui a peur que ça change parce qu'on risquerait de perdre des emplois.» De quoi parlait-on ? De la République démocratique du Congo. Sommes-nous devenus le Congo des USA ? Des nègres blancs ? Comme le disait le regretté Pierre Vallières ? Oui.
Le mandat principal que la commission Coulombe impose au gouvernement en est tout un, c'est vrai : Changer de bout en bout notre façon même d'aborder notre foresterie. «L'approche écosystémique», est-il écrit. C'est-à-dire utiliser nos territoires en les maintenant constamment en état de santé et de régénération adéquates. Bon. Ça paraît bien mais... nos grosses papetières, nos grosses scieries, ne carburent pas à ce principe.
Des compagnies d'argent
Ne l'oublions jamais, ce ne sont pas réellement des compagnies de papier ni de bois de construction mais des compagnies d'argent. Punto finale. Même si elles sont gravement endettées, ces industries présentent un chiffre d'affaires équivalant au tiers du budget du gouvernement. Alors, une fois que monsieur Domtar a parlé à un quelconque ministre, il a tout le loisir de s'en retourner jouer au golf sans attendre une réponse.
Non, je ne crois pas que le gouvernement prenne au sérieux le rapport Coulombe. S'il avait vraiment voulu enclencher un virage écosystémique, il aurait pu rapidement :
- Prendre des mesures assez simples qui n'impliquent pas de grands bouleversements et qui diminueraient grandement la pression sur nos écosystèmes, comme le retrait de la machinerie lourde sur nos territoires humides (catastrophique) et la fermeture des chemins forestiers, une fois la récolte exécutée. Comme on le fait ailleurs.
- Faciliter l'implantation d'un réseau d'aires protégées qu'il s'est lui-même engagé à réaliser à hauteur de 12 % du territoire. À l'Action boréale, chaque fois que nous proposons un territoire qui mérite protection aux yeux de tous, nous devons nous battre constamment contre l'impitoyable résistance offerte par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF).
Même l'autre ministère, celui de l'Environnement, qui voit à l'implantation du réseau, se casse les dents sur son ministère frère et voit ses propositions stoolées aux compagnies, qui se précipitent pour les bûcher, ou se les fait ratatiner à leur plus simple expression. Il est même arrivé que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune refuse une proposition d'aire protégée émanant d'une compagnie qui voulait se donner une belle image environnementale ! «Si vous prenez pas le bois, on va le donner à une autre compagnie», s'est-elle fait répondre.
- Arrêter le bûchage dans nos pourvoiries. Elles constituent un réseau de joyaux naturels unique au monde -- le vocable «pourvoirie» n'existe même pas encore dans le dictionnaire - et sont assaillies sans relâche par les forestières, qui détruisent leur raison d'être. Sur une période de dix ans, ces 700 entreprises génèrent plus de revenus que l'abattage de leurs forêts. Et de plus, cet argent s'intègre à l'économie régionale.
- S'enquérir de l'expertise écosystémique développée au long des années dans les forêts modèles québécoises existantes et proposer un plan de généralisation de cette foresterie à l'ensemble du territoire. Si nous ne sommes pas capables de faire une foresterie sans saccager, il faut s'abstenir d'en faire.
- Et la moindre des choses, accuser réception du Protocole d'intervention en forêt élaboré par l'Assemblée des Premières Nations, premier pas en vue de désamorcer les nombreux conflits à venir avec les communautés autochtones.
Une sous-ministre me disait qu'il faudra du temps pour effectuer ce grand virage :
«C'est comme un gros bateau. C'est long à faire virer.» Surtout quand il a déjà arraché les trois quarts du quai.
* La commission a statué qu'il nous restait en fait 15% de forêts naturelles.
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