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| 20 septembre 2005 - Le Journal de Montréal |
Par Yves Chartrand |
À la défense de Kanasuta
Après les forêts, Richard Desjardins monte de nouveau au front, cette fois contre les compagnies minières. Pour le chanteur de l'Abitibi, cette industrie jouit au Québec d'un "droit outrancier" qui va à l'encontre de l'intérêt public.
L'étincelle qui a provoqué la nouvelle croisade entreprise par le coréalisateur de L'Erreur boréale est le blocage systématique qu'opposent des détenteurs de droits miniers pour faire du territoire de Kanasuta une aire protégée.
Kanasuta, "là où les diables vont danser" en langue amérindienne, est un endroit si important aux yeux du poète, que son dernier album porte son nom.
"C'est un site unique, le plus beau de la région, dit-il. Il se compose d'une série de grands lacs garnis d'une centaine d'îles, entourés de montagnes et de forêts exceptionnelles."
Le réseau de rivières du site fut, pendant plus de 6 000 ans, rappelle-t-il "l'autoroute 15" des Amérindiens pour faire le lien entre le fleuve Saint-Laurent et la Baie James.
"L'exploration archéologique y commence à peine. L'an dernier, dit Desjardins, on y a inventorié 38 sites d'intérêt."
Toutes ces raisons ont amené le groupe l'Action boréale, dont Richard Desjardins est le vice-président, à proposer ce lieu au ministère de l'Environnement afin qu'il devienne une aire protégée où l'exploitation forestière, minière et hydroélectrique serait interdite.
Les négociations durent depuis plusieurs années et se heurtent de plein front aux intérêts de l'exploration minière qui refuse farouchement de laisser tomber les droits qu'elle y détient.
Sol contre sous-sol
Car le territoire de Kanasuta a une autre propriété, bien plus importante aux yeux de l'industrie minière. Il est situé sur une faille géologique appelée la faille de Cadillac prometteuse en gisements minéraux de toutes sortes, soutient l'industrie. Pourtant, on n'y a rien trouvé depuis la Deuxième Guerre, oppose le chanteur.
"Leurs droits souterrains prévalent sur ceux du sol vivant dont ils n'ont rien à foutre, dit Richard Desjardins. L'industrie minière impose son droit outrancier et bloque systématiquement le processus de négociations."
En juillet, le débat a été exacerbé par une compagnie d'exploration minière, Pro-Spect-Or, qui a décapé jusqu'au roc une portion de la rive d'un lac qui forme le Kanasuta. Du même coup, la hache de guerre a aussi été déterrée.
Mario Drôlet, le président de l'entreprise, avait déclaré que dans le cas de Kanasuta, "les avantages économiques l'emportent sur tous les autres. Ce serait un non-sens de ne pas y exploiter les ressources minières. Il faut considérer le point de vue des affaires."
Un territoire grevé par des droits miniers
Le classement en aire protégée de Kanasuta demandera beaucoup de négociations entre les ministères des Ressources naturelles et de l'Environnement : plus de 60 pour cent de ce territoire est grevé par des droits miniers.
Un relevé communiqué au journal par le ministère des Ressources naturelles indique que plus de 469 titres miniers sont détenus à ce jour sur le territoire de 12 8 kilomètres carrés proposé par le ministère de l'Environnement comme aire protégée.
Selon ces informations, quelque 163 titres miniers sont entièrement situés à l'intérieur du périmètre proposé, alors que 332 autres sont à cheval sur ce territoire.
Les 7 806 hectares concédés à l'industrie de l'exploration minière occupent au total 60,6 pour cent du territoire que le gouvernement a décrété comme étant une "réserve à l'État".
Ce qui plus est, le groupe l'Action boréale demande au ministère de l'Environnement de classer quelque 340 kilomètres carrés, un territoire beaucoup plus vaste que celui mis en réserve par le gouvernement.
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