Action Boréale - Abitibi Témiscamingue
L'esker des lacs Vaudray-Joannès
Carte des aires
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L'esker des lacs Vaudray-Joannès
L'esker des lacs Vaudray-Joannès, un milieu à protéger
par Jean Veillette D.Sc,
Commission géologique du Canada, Ressources naturelles Canada, 20 juin 2001


L'esker longeant la rive des lacs Vaudray et Joannes fait partie du complexe d'eskers de l'Abitibi-Témiscamingue, l'un des plus imposants de l'est du pays. Même si l'esker est discontinu par endroits, son tracé peut facilement être suivi sur la rive est du lac des Quinze au Témiscamingue, dans la région de Moffet, où il est orienté nord-est/sud-ouest; au Grassy Narrows, il sert de pont à une route et au nord-ouest du lac Simard, il forme un immense delta. De là, il emprunte le tracé de la rivière des Outaouais vers le nord, nord-est, jusqu'à la jonction de la Kinojévis. Dans ce secteur il est peu visible et a probablement été érodé par la rivière des Outaouais. Au nord de la jonction avec la Kinojévis, au sud du lac Vaudray, il atteint des dimensions imposantes, et poursuit son tracé vers le nord, le long des lacs Vaudray et Joannes. Ces deux lacs en long, parallèles à l'esker, sont en fait des lacs de kettle dont la formation est due à d'immenses culots de glace de glacier, détachés du front glaciaire lors de son retrait. Ces culots de glace ont par la suite été enfouis sous des sédiments glaciaires et ont fondu lentement pendant des dizaines et même des centaines d'années, donnant ainsi naissance à des bassins fermés. Le fait que ces grands lacs ne sont pas rattachés à des cours d'eau importants témoigne de ce mode particulier de formation. 

Au nord de la route Rouyn-Noranda-Cadillac, l'esker devient plus étroit et discontinu; son orientation change graduellement du nord-est/sud-ouest au nord-ouest/sud-est. Ce changement d'orientation reflète fidèlement le changement d'orientation du front glaciaire. L'esker atteint les Collines Abijévis et forme de vastes étendues de sable près du sommet des collines. Au nord des Collines, il traverse la région de Taschereau et poursuit son chemin jusqu'à l'ouest du lac Turgeon près de Villebois. Au nord de ce village, il devient difficile de le retracer.


Les eskers sont des milieux fragiles, au cour même de sérieux conflits d' utilisation du sol. On les exploite comme dépôts de sable et gravier, comme base à l'infrastructure routière, comme aquifères, comme ressource forestière et autres. Les gravières désaffectées servent souvent de dépotoirs, devenant ainsi des points d'entrée de polluants vers la nappe phréatique. L'esker du lac Vaudray n'échappe pas à la règle. L'occupation humaine, les coupes de bois, la construction de chemins, les opérations minières, etc. peuvent rompre le fragile équilibre naturel. Il faut comprendre, surtout dans le contexte abitibien où les eskers sont des aquifères importants, que les crêtes d'eskers sont les points de recharge des eaux. L'esker est une éponge. Ce milieu poreux favorise la pénétration en profondeur des eaux de pluie, lesquelles alimentent les lacs et les sources qui nous fournissent l'eau potable. Il est clair que si ces zones de recharge sont contaminées en surface, la contamination des eaux souterraines peut s'ensuivre.

La cartographie des eskers de la région nous démontre qu'ils sont flanqués de grandes tourbières, dont la relation avec les eskers est mal connue et exige des études plus poussées. Il est possible que ces tourbières jouent le rôle de reins filtrant les eaux provenant de l'esker ou celles qui retournent dans l'esker. La dynamique des eaux dans ces milieux humides reste à établir. Je crois néanmoins que ce sont des milieux que nous devons protéger. L'interaction esker-tourbières et argile enveloppante est une caractéristique de base du milieu abitibien. Pourtant, il n'existe pratiquement pas d'études sérieuses sur le sujet.

Je souhaite à l'ABAT de poursuivre la connaissance et la protection de cet environnement privilégié.

Jean Veillette D.Sc.
Commission géologique du Canada,
Ressources naturelles Canada,
20 juin 2001

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